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L’ÉTERNEL JEUNE HOMME IRRÉVÉRENCIEUX
Il est difficile d’imaginer Normand Hudon autrement
que sous les traits d’un jeune homme et ailleurs que sous les feux des
projecteurs. Un portrait récent le montre portant avec une épaisse
moustache et une chevelure dont la couleur ocsille entre le noir et le
blanc. Pour plusieurs, il sera toujours le caricaturiste – un
personnage espiègle et railleur – plus amusant que méchant et habile
dans l’art de faire descendre les statues de leur socle… Ce champion
de l’humour est d’ailleurs un polyvalent infatigable, non seulement un
artiste, un illustrateur, homme de scène, un publicitaire, un animateur
de radio et télévision, un auteur et encore plus. En d’autres mots, un
homme d’action, une sorte de cascadeur de l’esprit mais, et voilà
qu’apparaît le vrai Hudon, celui qui a toujours été au cœur de toutes
ses activités, le peintre, et qui fait presque oublier tout le reste !
Dès son
jeune âge, ses parents ont perçu en lui le dessinateur et
l’iconoclaste. Comme le rapporte sa biographie publiée chez Roussan
Éditeur en 1988, ses talents de décorateur d’intérieur en herbe lui ont
valu sa première fessée à l’âge de trois ans.
Il est né
à Montréal en 1929. Après l’Académie Querbes et un cours scientifique à
l’école Saint-Viateur, ses études l’ont conduit à l’école des beaux-arts
de Montréal, et finalement à l’Académie Montmartre à Paris, en 1949.
Dans la capitale française, il a fait des rencontres fructueuses,
notamment celles de Picasso et Léger.
Hudon, le
caricaturiste, a commencé à s’affirmer très tôt. Alors qu’il était
encore étudiant, il a collaboré aux journaux La Patrie et Le Petit
Journal. Par la suite, les dessins corrosifs de ce prédateur spirituel
paraissent dans une foule de quotidiens, d’hebdomadaires et de
périodiques, dont La Presse et Le Devoir. Dans le domaine du spectacle,
qui ne se souvient pas de ses associations avec Jacques Normand, Paul
Berval, Dominque Michel, Pierre Thériault. Une multitude d’articles lui
ont été consacrés. Hudon a publié, seul ou en collaboration avec divers
auteurs, plus d’une demi-douzaine d’albums de caricatures. Enfin, Hudon
, le peintre, qu’on a eu tendance à négliger ou à sous-estimer, a
régulièrement exposé ses tableaux à partir de 1947, au Salon du
Printemps du Musée des beaux-arts de Montréal et, ensuite, fréquemment,
à l’intérieur et l’extérieur du Québec. À noter que les premières
galeries d’art à l’accuellir furent celles d’Agnès Lefort et de
Waddington. De nos jours, le caricaturiste s’est effacé derrière le
peintre, de plus en plus renommé.
Au cours
de cette évolution, les enfants se sont multiplié dans ses tableaux,
sans exclure les maisons fantaisistes, les porteurs de soutane
dégingandés et les juristes qui tiennent du donquichottisme. À la fois,
sont apparues une sensibilité et une tendresse exquises et inattendues
chez ce bretteur sans pitié.
Rien
d’étonnant à ce que le dessin soit l’essentiel de ses compositions.
Hudon en est très conscient et en fait un principe important. Il fait
subir aux formes familières de savantes délicates déformations en vue
d’exprimer ses points de vue. D’une certaine manière, il se comporte
comme un ‘’candide du pinceau’’ dont la naïveté apparente cache mal son
origine de critique implacable.
Hudon a
souvent eu recours aux techniques mixtes. Sa couleur, à la fois sobre
et fortement contrastée, souligne d’abord l’intention du dessin. C’est
ainsi que le noir des vêtements (surtout ceux des clercs et des
disciples de Thémis) sert souvent de repoussoir aux nez rouges des uns
et aux joues roses des autres. Tout en utilisant les êtres et les
choses à ses fins, Hudon les présente constamment en mouvement ; ses
compositions en oblique ou en escalier le démontrent. L’impression
générale qui se dégage de ses peintures est celle d’une gaîté enfantine
et malicieuse. À la réflexion, il s’en dégage une espèce de
philosophie, car Hudon puise ses sujets dans la vie courante, dans les
quartiers populaires où des manières, des coutumes et des aspects
révèlent un monde authentique et pittoresque, une manière inépuisable
pour un tel observateur. En particulier, Hudon garde son esprit
frondeur et fait des ravages dans le sombre univers des soutanes et des
toges, trop souvent le refuge du conservatisme et de la sottise
solennelle. De ce point de vue, Hudon et ses émules ont fait plus pour
le progrès et l’ouverture d’esprit de notre société que bien des hommes
publiques, politiciens ou autres.
Normand
Hudon se range dans la fraternité des peintres figuratifs, ce qui lui a
valu d’être à son tour critiqué, cette fois par les disciples de l’art
abstrait. Mais nous connaissons bien les préjugés qui frappent ceux qui
ont fait de la caricature – les Julien, les LaPalme, dans notre pays,
les Daumier et les Forain, en France – et qui ne pardonnent pas à ces
créateurs de quitter les problèmes d’ordre purement formel… La vague
grandissante des Villeneuve, Dragan, Dargis – des peintres naïfs – et
cette merveilleuse traductrice de notre quotidien québécois qu’est
Tanobe devraient pourtant faire réfléchir !
La
signature de Hudon ressemble à un insecte muni d’un dard à chaque
extrémité. Dans l’esprit de tous, elle sera toujours aussi, surmontée
d’un sourire.
Paul Gladu
Magazin’Art, 8e année, No 3 Printemps 1996

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