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English version
On se demande parfois si
on doit révéler l’existence de personnes et de lieux qui sont comme des
joyaux cachés dans un écrin. Mais je ne sais pas garder un secret.
J’ai bien dû passer cent
fois tout près de chez elle, mais je ne connaissais pas ce magnifique
endroit des Laurentides où la rivière, reprenant son souffle, miroite
paresseusement au soleil. J’avais aussi déjà entrevu ses œuvres sans
connaître l’artiste qui les parsemait de si jolies frimousses.
Le site invite à la
quiétude, à la paix, et cette demeure est à l’image de sa propriétaire,
chaleureuse et accueillante. Jusque-la, la réalité corroborait l’idée
que je me faisais de Lise Labbé.
Je tenais à en savoir
plus. Je n’ai pas été déçu.
Autodidacte, Lise Labbé a
30 ans de métier. Elle relate ses débuts dans un genre où peu de
peintres osent se lancer : :la représentation des enfants, de leurs
activités, de leur candeur, de leurs joies et de leurs peines.
Je lui demande de
remonter un peu plus loin dans le temps et de me dire si elle
griffonnait dans ses cahiers d’écolière. Elle me raconte sa jeunesse
heureuse à la compagne, le Rosemont des années 1940 et 1950.
Elle manifeste dès ses
débuts scolaires un talent marqué pour le dessin. La maîtresse de la
classe voisine vient l’emprunter pour orner les tableaux noirs de son
local à l’occasion des différentes fêtes de l’année comme Noël ou
Pâques. On fait souvent appel à son habilité pour illustrer des cartes
de souhaits. Ainsi sont semés les jalons d’une future passion.
Lise Labbé a expérimenté
divers genres, comme le portrait ou la nature morts d’abord, puis son
amour des enfants l’amène à explorer leur univers. Elle me raconte que
bien qu’elle n’ait qu’un fils, sa maison était toujours remplie
d’enfants. Des enfants qui prenaient plaisir à se retrouver chez elle
pour y jouer, pour y manger de gâteau en lui confiant leurs petits
secrets. J’arrive à comprendre beaucoup mieux pourquoi Lise Labbé peint
ces scènes pleines d’humour et de tendresse. Ces évocations demandent
une subtile perception de l’âme enfantine. Reproduire aussi fidèlement
dans une toile les gestes et les attitudes des enfants relève d’une
grande finesse d’observation et de beaucoup d’intuition.
Dans son atelier, je
craque pour les ciels de ces joutes de hockey au crépuscule. Aussi, je
ne puis m’empêcher de trouver très amusante la scène de Not them ! Tout
le monde connaît la classique exaspération des filles à l’endroit des
garçons qui leur tournent autour : »Ah non ! pas encore ceux-là »
En voyant la scène, on
peut imaginer ce qu’on veut `assistera-t-on à une altercation en règle
ou à la naissance d’un innocent béguin ? Et ces petites danseuses en
train de se préparer pour la leçon qui voient la nouvelle porter la
jambe bien haut sur la barre :Who is she ? Cette petite nouvelle dérange
leur univers et leurs habitudes. Est-ce une rivale ? deviendront-elles
amies ?
Chez Lise Labbé, une
toile n’est qu’un instantané tiré d’une histoire. Une des vingt-quatre
images à la seconde qui défilent dans un film. Il s’est passé quelque
chose avant et tout peut arriver après… C’est ce qui insuffle tant de
vie et de spontanéité au tableau.
Nous échangeons aussi sur
sa façon de travailler. Elle m’explique qu’elle s’alimente d’abord aux
souvenirs d’une enfance vécue au milieu d’une ribambelle de marmots dans
le cadre même du restaurant que possédait son père. Petit casse-croûte
comme tant d’autres avec ses annonces de Kik Cola, d’Orange Crush et de
Grapette accrochées aux murs et sur les façades. Pour retrouver
l’ambiance de l’époque, elle retourne visiter les lieux de son passé,
rapportant des photographies de maisons et de boutiques. Elle visite les
antiquaires pour y examiner les anciennes affiches commerciales. Elle
fréquente les marchés aux puces pour y retrouver l’article vieillot
qu’elle veut peindre avec le plus de précision possible. Enfin, pour
entretenir son imaginaire et trouver de nouvelles idées, pour juger son
travail, elle apprécie grandement pouvoir compter sur son entourage.
Lise Labbé est une femme
heureuse. Beaucoup de gens tombent en amour avec ses tableaux, c’est la
récompense de ses efforts. C’est cette reconnaissance qui fait qu’elle
vit tranquille entourés par le murmure de la rivière et les cris de joie
des enfants de ses toiles.
En dépeignant une époque,
en l’abordant avec les yeux de sa prime jeunesse, en y disséminant un
humour coquin, elle fait de chacune de ses toiles un hymne à l’enfance
et à la vie.
Et me reviennent en tête
des paroles de la chanson « Un enfant de Jacques Brel : Un enfant ça
vous décroche un rêve… ¨Ça s’endort de l’or sous les paupières… Et ça
demande si les nuages ont des ailes… ) Lise Labbé vous dira que oui, les
nuages ont des ailes…
Michel Beauchamp
Magazin’Art Hiver
1998-1999

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