Fin des années
cinquante, Tex
s’installe Place Jacques-Cartier dans le Vieux Montréal, alors
quartier de prédilection des musiciens.
Sa formation en
publicité aurait pu lui procurer une certaine sécurité mais, peu
enclin à accepter une vie embourgeoisée de neuf à cinq, il reluque
bientôt vers la musique.
Déjà porté sur la
guitare et la poésie, Tex devient rapidement un membre important de
la culture des chansonniers florissante de la fin de cette décennie
marquant le début de la
Révolution Tranquille au Québec.
En 1959 par
l'entremise d'une amie, il rencontre le
folkloriste, chanteur et producteur Jacques Labrecque (1917-1995),
alors responsable de la Série française chez les Disques London.
Celui-ci lui fait endisquer son premier quarante-cinq tour ‘’Le
Grand Jos’’. Le succès de ce premier disque mène bientôt à
l’enregistrement d’un premier album : ‘’Complexe de la chanson
canayenne’’ qui sort fin 1959 et où l’on retrouve le jeu de guitare fascinant d’une
véritable légende du jazz montréalais,
Tony Romandini.
Le disque est teinté
d’un humour un peu rustique (Elle avait un trou, Les poules,
Parc’ que, La grise) et d’une connaissance évidente de
l’héritage culturel rural du Québec. Les ''p’tits canots'' – bars
dansants plus ou moins clandestins - de l’arrière-pays et les bals
à l’huile revivent dans des chansons rappelant un passé déjà
lointain (Ça valsait, Le bal chez Jos Brûlé). Tout aussi
important, plusieurs pièces démontrent une conscience sociale
exacerbée et une certaine philosophie de l’existence valorisant la
vie simple et l’absence de souci des apparences (Autant en
emporte le vent, Ainsi va la vie).
Une photo de promotion au tournant des
années 60
Chez les parents, fin des années 50
de gauche à droite : Jean-Claude,
Guy Provencher, Henri-Paul Lecorre et Gaston Martineau.
Debout : Mme Lecorre et Tex.
En ce début
bohème des années soixante alors qu'il enseigne à l'Atelier
Libre rue Berri, on peut entendre Tex dans les
nombreuses boîtes à chansons du Québec : le Patriote, la
Butte à Mathieu, le Cochon Borgne et plusieurs autres. De
nature entreprenante, on lui confie bientôt la supervision de la
programmation à La Poubelle, puis à La Catastrophe,
deux boîtes qui accueillent les jeunes auteurs compositeurs, les
poètes et autres artistes débutants.
En 1961, un
deuxième album – toujours accompagné de Romandini à la guitare
-, ‘’Mes chansons’’ explore plusieurs des mêmes thèmes
mais aussi, résultat de son travail en Gaspésie, des thèmes de
mer (Va! Goélette, Petit oiseau blanc) et sur la vie des
bûcherons et des draveurs (Le lac Saguay). Fin
publicitaire, on remarque, sur la photo de la pochette son
maillot orné d’une poubelle
faisant, mine de rien, référence à
son affiliation à la boîte du même nom!
Tex est
maintenant solidement installé dans le monde de la musique
populaire, il ne lui manque maintenant qu’un succès populaire à
la radio.
Ce succès
arrive en 1963 avec la chanson ‘’Le dernier des vrais’’
pièce ou l’humour vient côtoyer un certain romantisme quant
à la vie des gars de bois que Tex aime illustrer.
L’album du
même nom sort bientôt et Tex est une vedette au Québec. Des
textes solides (J'sus capable d'en prendre, le
bouleversant Saweay), des mélodies et arrangements
accrocheurs (McNally) et un travail de réalisation
supérieur marque cet album historique.
Il lui faudra
quatre ans et un changement d’étiquette de disque avant de
retourner en studio pour un nouvel album.
1967, l’année
de Terre des Hommes à Montréal marque la fin de la carrière
de capitaine de caboteur de Tex et la sortie de ‘’Je
t'amène avec moi’’ sur étiquette Gamma. Un album plus
fignolé et des textes plus évolués. Deux succès : Je
t'amène avec moi et Ma truie sont
représentatifs de ce que sera le travail musical de Tex pour
le reste de sa carrière de musicien : poésie et humour.
Photo de promotion début des
années 60
1968, il
participe avec Marthe Fleurant à la chanson ''La Bolduc '68
(Voir à gauche)et écrit la chanson Go Go Trudeau pour le groupe les Sinners
1969, c’est
la sortie de ‘’Le Québécois Tex Lecor’’ où l’on
retrouve le classique ‘’Rame, rame’’ qui fera les
beaux soirs des camps de vacances et autres rassemblement de
jeunes de l’époque.
Toujours
la même année, Tex fort d’une certaine liberté venue de
son succès commercial, se permet la sortie de l’album
‘’Chansons interdites à la radio et à la télévision’’
un album à l’humour noir et parfois grivois. Un
classique : Madame X vient faire mentir le titre de
l’album et trouve sa place dans les palmarès et à la
radio.
Photo parue dans ''TV
Hebdo'' à la fin des années 60
Pendant
tout ce temps, loin d’abandonner son travail de peintre,
Tex produit de plus en plus et développe un style
figuratif qui le démarque nettement des autres peintres
de sa génération.
À la fin
de cette décennie importante dans l’histoire du Québec,
Tex est une star et un nouveau monde s’offre à lui : la
télévision. (...Suite)